« Lorsque les agitations du cœur se sont apaisées,
alors le mortel devient immortel. »
Kaṭha Upanishad II.3.14
Si vous participez à mes cours, vous le savez...à la fin de toutes mes séances de yoga, je vous invite souvent à chanter — ou à écouter — trois fois le mot Shanti.
Ce moment est bref, parfois discret, et pourtant profondément chargé de sens. Il ne s’agit pas d’une simple habitude ou d’un geste esthétique : ce triple Shanti est un héritage ancien, issu des textes sacrés de l’Inde.
Dans ces textes, le Shanti Patha — le chant de paix — est récité au début ou à la fin d’un enseignement, d’une récitation ou d’une pratique spirituelle.
Le mot sanskrit Shanti se traduit généralement par paix, une paix vivante, vibrante, qui ne se limite pas à l’absence de conflit. Shanti évoque un état d’harmonie profonde, une pacification du corps, du souffle, du mental et de ce qui nous relie au monde.
Chanter Shanti à la fin de la séance, c’est comme déposer un sceau de douceur sur tout ce qui a été vécu : les postures, les respirations, les sensations, les émotions.
Les Upanishad, textes sacrés hindous, évoquent trois grandes sources de perturbations (tāpa - parfois traduites par troubles, souffrances ou agitations) qui peuvent affecter l’être humain. Le triple Shanti est une invocation de paix adressée à chacun de ces plans de l’existence, du plus tangible au plus subtil.
Le premier Shanti s’adresse à ce qui se vit à l’intérieur de nous. Il concerne le corps avec ses tensions, ses fatigues ou ses inconforts, mais aussi le souffle, le mental souvent agité par les pensées, les doutes ou les préoccupations, ainsi que le cœur émotionnel. Après la pratique, ce Shanti est une invitation à laisser retomber les vagues intérieures, à revenir vers un espace de calme intime et stable. Il nous rappelle avec simplicité que la paix commence toujours en soi.
Le deuxième Shanti est tourné vers le monde qui nous entoure. Il englobe nos relations, les autres êtres humains, l’environnement dans lequel nous évoluons, les sons, les imprévus et toutes les interactions du quotidien.
Ce Shanti reconnaît que nous ne vivons pas isolés : même après une séance profondément intériorisée, nous sommes appelés à retourner dans le mouvement du monde. Il invoque alors une paix relationnelle, une qualité de présence qui nous aide à rencontrer l’extérieur avec plus de douceur, de clarté et de stabilité.
Le troisième Shanti est le plus subtil. Il s’adresse aux forces que nous ne maîtrisons pas, aux rythmes du vivant, aux éléments naturels, à ce qui nous dépasse et échappe à notre volonté. Dans les textes anciens, il est question d’influences cosmiques ou divines ; dans un langage plus contemporain, on pourrait parler de l’imprévisible et du mystère de la vie elle-même. Ce Shanti est une offrande de confiance, une manière de s’incliner humblement devant plus grand que soi.
Le triple Shanti n’est pas une formule magique. C’est une direction intérieure.
Shanti en vous.
Shanti autour de vous.
Shanti pour ce qui est visible et invisible.